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Eleveurs ovins : comment s'adapter au retour du loup ?

Mis à jour le 14/02/2017

2011. Le loup réapparaît dans le Grand Est. C'est le point de départ d'un retour qui marque un tournant dans la vie des éleveurs ovins de notre région. Le loup bénéficie d'un statut de protection international, avec lequel les exploitants doivent composer. Pour mieux comprendre, la MSA Lorraine est partie à la rencontre d'un éleveur vosgien.

Réapparu dans les années 90 dans le Sud-Est de la France, le loup marque son territoire depuis 5 ans dans le Grand Est. Il y en aurait environ 300 en France dont plusieurs dans notre région. Les premières attaques en Lorraine datent de 2011.

Le loup est un animal sauvage, qui vit en groupe, et assez craintif de l'homme. Il vit en symbiose dans la nature, la forêt et avec la faune sauvage, et serait une espèce clef dans le maintien de la biodiversité. Depuis la signature de la convention de Berne en 1990, il appartient à la catégorie des espèces protégées, sans être, cependant, un animal en voie de disparition.

Pour mieux comprendre les impacts de la présence du loup sur l'activité des éleveurs ovins de la région, la MSA Lorraine a rencontré Jean-Yves Poirot, exploitant à la tête d'un troupeau de 330 brebis dans le massif vosgien. 

Témoignage


Jean-Yves Poirot
44 ans
Chef d'exploitation à la Bresse
Président du Syndicat Ovins des Vosges et Responsable du dossier "Loup" à la FDSEA des Vosges.
330 brebis
16 vaches allaitantes
15 chevaux
 
MSA Lorraine : Quel regard portez-vous sur la présence du loup ?
Jean-Yves Poirot (J-Y P) : « Tout dépend de la manière dont on voit les choses. Moi aussi je trouve que le loup est un bel animal. 80% des gens en France sont favorables à sa présence. Les éleveurs ne sont pas contre le loup, mais contre sa prédation. Il est important de connaître les difficultés que rencontrent les éleveurs face aux attaques de loup. Les conséquences peuvent être graves, économiquement et psychologiquement. J'étais dans les premiers attaqués en 2011 et cette année, sur les 3 derniers mois, j'ai subi 6 attaques avec carcasses dans mon troupeau… et les brebis attaquées qui ne meurent pas se laissent mourir, tant le traumatisme est fort. »
MSA L : Comment vous êtes-vous adapté pour protéger vos bêtes ?
J-Y P : « Le loup est un prédateur, c'est un chasseur. On protège nos troupeaux, plus que l'on ne s'adapte ! Le loup régule la faune mais ne tue pas que des animaux malades. Il a autant de plaisir à chasser un bon ou un mauvais animal, que ce soit pour se nourrir ou par instinct. Face aux attaques, mon mode d'élevage a été bouleversé. Avant 2011, mes brebis étaient dehors, tant que possible, sans stress, ni pour elles, ni pour moi. Désormais, je rentre mes agneaux dès le sevrage. Ils ne mangent donc presque pas d'herbe alors qu'on est en montagne ! Et la chaleur des bâtiments peut les rendre malades.
Lorsqu'elles sont dans les près, elles sont entourées de clôtures et filets électrifiés, et accompagnées d'un chien de défense "Patou". Avant, on cherchait à ce que les moutons ne sortent pas. Maintenant, l'objectif, c'est que les loups ne rentrent pas ; mais nous savons qu'il saute haut et peut donc passer ces clôtures…
J'ai par ailleurs embauché un aide berger, avec l'aide de l'Etat, pour compenser la perte économique liée à ces attaques. »
MSA L : Que pensez-vous des autorisations de tirs de défense ?
J-Y P : « Il existe effectivement des dérogations au statut de protection de l'espèce lorsque la pression de prédation sur les troupeaux devient trop importante. La réglementation prévoit des tirs de dissuasion par effarouchement, des tirs de défense et tirs de prélèvement, destinés à tuer un loup.
Tout cela est régi par des autorisations, et donc contrôlé. Psychologiquement, je dirais que c'est important de se dire que l'on peut se défendre. »
MSA L : Ces nouvelles conditions de travail vous permettent-elles de poursuivre votre activité normalement ?
J-Y P : « Que ce soit chez moi ou chez les autres éleveurs de la région, le préjudice est important et malgré les mesures d'indemnisation et l'évolution des aides, les conséquences peuvent êtres radicales. Dans les Vosges, nous en avons vu arrêter leur exploitation, d'autres ont besoin d'un accompagnement psychologique. Ce n'est pas anodin. C'est toute une vie qui peut être bouleversée.
Pour ma part, j'ai voulu anticiper. Jusqu'à présent, j'étais sur une production 100% viande. Je m'installe désormais avec ma femme dans le but de faire de la transformation de produits laitiers, yaourts et fromages, et ainsi palier le manque de viande. Il s'agit d'investir pour garder le métier qu'on aime… »

La MSA Lorraine accorde une attention particulière aux difficultés rencontrées par les éleveurs ovins.

Jean-Louis Deutscher, Directeur Santé & Territoires, et Gilles Chandumont, Directeur Général de la MSA Lorraine, ont rencontré Jean-Yves Poirot en mai dernier, en sa qualité d'éleveur et de Président du syndicat ovins des Vosges. L'occasion pour la Direction MSA Lorraine de constater sur le terrain les problématiques liées aux attaques et les besoins en termes de soutien économique et psychologique.

« Au niveau de la MSA Lorraine, nous avons rencontré 4 éleveurs et constaté les impacts sur leurs conditions de travail, mais aussi économiques, ergonomiques, écologiques et bien sûr humains qui résultent de la présence du loup. Les conséquences psychologiques doivent faire l'objet d'une attention particulière de notre part. Des réunions sont prévues cette année avec les éleveurs afin de poursuivre notre accompagnement sur le terrain. »